Prolongations...

Un dimanche avec Jean-Pierre Duret et Andrea Santana

 

Une fois n'est pas coutume, Bobine Rebelles joue cette année les prolongations, et profite de la présence exceptionnelle du couple de documentaristes dans notre région pour explorer en deux films un cinéma profondément social et une oeuvre à notre avis très largement sous-estimée.


Les deux séances auront lieu en présence des réalisateurs.


 

15h00 : à la salle des fêtes de Faux-La-Montagne, en partenariat avec Faux fait son cinéma. Entrée à prix libre.

 

puisque-nous-sommes-nes

Puisque nous sommes nés de Jean-Pierre Duret et Andrea Santana (2009, 90 min)

Brésil. Nordeste. État du Pernambouc. Une immense station-service au milieu d’une terre brûlée, traversée par une route sans fin.
 Cocada et Nego ont 14 et 13 ans.
 Cocada a un rêve, devenir chauffeur routier. Il dort dans une cabine de camion et, la journée, il rend service et fait des petits boulots.
Son père est mort assassiné, alors il s’est trouvé un père de substitution, Mineiro. Un routier qui prend le temps de lui parler et de le soutenir quand la tentation de l’argent mal acquis se fait plus forte. 
Nego, lui, vit dans une favela, entouré d’une nombreuse fratrie.
Après le travail des champs, sa mère voudrait qu’il aille à l’école pour qu’il ait une éducation, mais Nego veut partir, gagner de l’argent.
Le soir, il rode à la station, fasciné par les vitrines allumées, les commerces qui vendent de tout, la nourriture abondante.
Avec son copain Cocada, ils regardent le mouvement incessant des camions et des voyageurs.

Tout leur parle de ce grand pays dont ils ne savent rien. 
Avec cette singulière maturité qu’on acquiert trop tôt dans l’adversité, ils s’interrogent sur leur identité et leur avenir. Leur seule perspective : une route vers São Paulo, vers un ailleurs.


A l'heure où les caméras du monde entier n'auront d'yeux que pour la coupe du monde, il nous a semblé intéressant de montrer ce troisième volet de la trilogie brésilienne des réalisateurs.



21h00 : au cinéma Jean Gabin à Eymoutiers (entrée payante, programmation régulière)


se-battre

Se Battre de Jean-Pierre Duret et Andrea Santana (2014, 93 min)

"Nous ne voulions pas faire un film sur la pauvreté, mais sur ces Français qui ont des fins de mois difficiles, qu’ils aient ou non un travail.

Givors, où nous avions des contacts, s’est vite révélé comme le bon endroit. Cette ville moyenne, à la fois ouvrière et proche de la campagne, a, comme beaucoup de villes de ce type, brutalement perdu beaucoup d’emplois. Dirigée par les communistes depuis 1953, cette municipalité a aussi une histoire. Terre d’accueil et d’immigration, elle a gardé en son sein des gens sensibles, à l’écoute des autres.
Un ex-prêtre ouvrier, ancien adjoint au maire, a d’ailleurs accéléré les rencontres. À Givors, on retrouve tous ceux pour qui la vie se joue chaque mois à 50 euros près. Des femmes vivant seules avec des enfants, des retraités fragilisés, des étudiants frappant à la porte du Secours populaire, des travailleurs pauvres, pour qui la vie est un combat quotidien. Cela dépasse les 8 millions de personnes vivant officiellement en dessous du seuil de pauvreté. Elles sont entre 13 et 15 millions à connaître ces difficultés, selon le médiateur de la République. Soit plus d’un Français sur cinq.

Toutes ces personnes disparaissent de notre champ de vision ou d’écoute. Elles sont rendues invisibles, complètement niées dans leur existence par notre société, en théorie surinformée. À Givors, nous avons eu le sentiment de rencontrer le peuple français tel qu’il continue d’exister, de se battre."

Jean-Pierre Duret

(entretien avec Pierre Duquesne, à lire ici)

Entretien réalisé par Pierre Duquesn

Entretien réalisé par Pierre Duquesne


Nous ne voulions pas faire un film sur la pauvreté, mais sur ces Français qui ont des fins de mois difficiles, qu’ils aient ou non un travail. Givors, où nous avions des contacts, s’est vite révélé comme le bon endroit. Cette ville moyenne, à la fois ouvrière et proche de la campagne, a, comme beaucoup de villes de ce type, brutalement perdu beaucoup d’emplois. Dirigée par les communistes depuis 1953, cette municipalité a aussi une histoire. Terre d’accueil et d’immigration, elle a gardé en son sein des gens sensibles, à l’écoute des autres. Un ex-prêtre ouvrier, ancien adjoint au maire, a d’ailleurs accéléré les rencontres. À Givors, on retrouve tous ceux pour qui la vie se joue chaque mois à 50 euros près. Des femmes vivant seules avec des enfants, des retraités fragilisés, des étudiants frappant à la porte du Secours populaire, des travailleurs pauvres, pour qui la vie est un combat quotidien. Cela dépasse les 8 millions de personnes vivant officiellement en dessous du seuil de pauvreté. Elles sont entre 13 et 15 millions à connaître ces difficultés, selon le médiateur de la République. Soit plus d’un Français sur cinq. Toutes ces personnes disparaissent de notre champ de vision ou d’écoute. Elles sont rendues invisibles, complètement niées dans leur existence par notre société, en théorie surinformée. À Givors, nous avons eu le sentiment de rencontrer le peuple français tel qu’il continue d’exister, de se battre. - See more at: http://www.humanite.fr/culture/jean-pierre-duret-givors-nous-avons-trouve-le-peup-560413#sthash.MvIXKyqx.dpu

les requisistions de marseille

 

 requisitions-de-marseille


Les réquisitions de Marseille (mesure provisoire), de Sébastien Jousse et Luc Joulé (2004, 53 min)

Qui connaît l’aventure des 15 entreprises réquisitionnées de Marseille de 1944 à 1948 ? Ce n’est pourtant pas tous les jours que 15.000 ouvriers accèdent et participent à la gestion de leur entreprise et réalisent de surcroît d’importants bénéfices ! Dans le bouillonnement social et populaire de la Libération, ils ont inventé une forme de"gestion participative", un modèle démocratique de l’organisation du travail dans l’entreprise. Accompagnés par l’historien Robert Mencherini, les derniers acteurs de cette aventure, dont Raymond Aubrac à l’époque Commissaire régional de la République à Marseille, font revivre cet épisode inédit en revenant sur les lieux de leur travail. Le film questionne la mémoire de cette expérience sociale, née du programme du Conseil National de la Résistance préconisant l’instauration d’une « véritable démocratie économique et sociale » qui résonne encore singulièrement avec les débats contemporains sur la valeur du travail et la finalité de l’économie.

 

 


Extrait d'un article sur le film :

(...)

C’est sur l’emplacement de l’usine, immense hangar aujourd’hui vide, propriété de l’État, que se déroule une bonne partie du film, après une première séquence montrant la célébration officielle de la Libération et rappelant la volonté des résistants de fonder une société nouvelle et une démocratie économique. Insolite en ce lieu, un piano égrène pudiquement quelques notes, ponctuant les témoignages d’anciens ouvriers des ADN, qui évoquent avec émotion – c’est « très remuant », dit l’un – la chaîne de réparation des locomotives : ressurgissent les bruits, les paroles, le pont roulant, la réfection des chaudières, d’où les ouvriers sortaient tout noirs et arrivaient à peine à se décrasser chez eux, les coups de sifflet de la loco sous pression, prête à sortir, enfin remise à neuf. Et l’atmosphère de ces journées de labeur avec, dominante majeure de tous les témoignages, la mémoire d’un enthousiasme collectif, d’un travail, non pas joyeux parce qu’il était très dur, mais très fraternel, générateur d’amitiés poussées très loin. Cela grâce aux nouvelles conditions de gestion, qui donnent l’assurance qu’on ne travaille pas seulement pour le profit, mais que se mettent en place une solidarité et une démocratie sociales que des milliers d’ouvriers font vivre dans l’agglomération.

(...)

Lien vers l'article : http://chrhc.revues.org/1024

GARI !

 

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Gari ! de Nicolas Réglat (2013, 83 min)

Espagne, mars 1974. Le Franquisme condamne à mort les opposants au régime et des centaines de prisonniers politiques sont menacés de mort. Pour éviter le garrot à cinq membres du Mouvement Ibérique de Libération condamnés à la peine maximale, des groupes d'activistes basés à Paris et Toulouse unissent leurs forces dans un réseau, le G.A.R.I., Groupe d'Action Révolutionnaire Internationaliste. Quarante ans plus tard, le réalisateur, ancien activiste, profite de la fin du délai de prescription pour donner la parole à des membres de sa famille et à d'autres anciens des G.A.R.I.

 


Un article du Monde :


Peu avant la seconde guerre mondiale, la France décida de recruter de force dans ses colonies d'Extrême-Orient la main d'œuvre nécessaire à ses usines d'armement, pour compenser le départ des ouvriers français au front. Parmi eux, 20 000 Vietnamiens que l'on n'appelle que par un matricule, et qui travaillent presque pour rien.

Vient la défaite de 1940. Bloqués en France, les Công Binh ("ouvriers soldats") sont pris à tort pour des militaires, et mis au ban de la société qui ne leur accorde aucun statut véritable. Bien loin de la France, sur leurs terres de naissance, c'est pour des traîtres qu'on les prend, alors qu'ils sont des partisans fervents de l'indépendance.

Avec Công Binh, la longue nuit indochinoise, c'est une page presque oubliée de l'Histoire que Lam Lê s'attache à conserver dans les mémoires. Ces hommes dont il retrace le parcours sont devenus des fantômes : méprisés sur leur terre d'origine comme sur leur terre d'adoption, victimes de l'indifférence au point de n'être plus qu'un numéro matricule, un rouage parmi les autres rouages de l'usine, auquel on refuse de prêter une âme.

Pour y parvenir, le réalisateur adopte une polyphonie des plus intéressantes. La base de son travail reste conventionnelle : il s'agit des témoignages enregistrés des quelques survivants, vieux messieurs dignes et beaux dans la bouche desquels on s'étonne de ne pas trouver une seule parole amère.

Entre ces témoignages, il insère deux autres formes plus inattendues de récit : des extraits de spectacles de marionnettes aquatiques traditionnelles au Vietnam, et des reconstitutions jouées. Le premier procédé est d'abord déconcertant : entendre les marionnettistes raconter les blessures de l'Histoire vietnamienne avec des voix de dessin animé, voir les marionnettes mimer la souffrance et l'incompréhension, paraît incongru, décalé.

Mais à mesure que l'on s'accoutume au spectacle – puisque c'est bien de cela qu'il s'agit – comme à la surprenante tranquillité d'esprit des vieux messieurs, le décalage fait sens : c'est par leur capacité à conserver une forme de légèreté dans leur malheur et à cultiver les ressources de l'humour que les Công Binh ont tenu bon.

Quand à la reconstitution jouée, elle pourrait paraître tout aussi incongrue si elle n'était pas filmée avec une élégance et une pudeur complètement étrangères au "kitsch" télévisuel qui caractérise souvent le procédé.

Surtout, elle prend un sens singulier dans la mesure où les acteurs qui interprètent les Công Binh jeunes sont leurs enfants et petits-enfants. Le geste est fort : en prenant fictivement la place de leurs aïeuls, ils manifestent une volonté ardente de comprendre, et de perpétuer une mémoire en passe de disparaître.

Le documentaire de Lam Lê dit beaucoup de choses, et les dit bien. On ne saurait lui reprocher qu'une longueur un peu excessive, qui voue parfois – bien malgré elle – l'esprit du spectateur au vagabondage. Mais pour peu que l'on accepte de se prêter à cet apprentissage de patience dont les témoins invités à y prendre la parole sont les plus beaux exemples, la leçon d'humanité qu'il offre est aussi précieuse que saisissante.

Noémie Luciani

Lien vers l'article :

http://www.lemonde.fr/culture/article/2013/01/29/cong-binh-la-longue-nuit-indochinoise-une-page-de-l-histoire-presque-oubliee_1823338_3246.html

Les hommes du port

 

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Les hommes du port de Alain Tanner (1994, 64 min)

 Un long panoramique du port de Gênes et une voix-off ouvrent «Les hommes du port». Le commentaire nous apprend le passage en ville en 1947 d’Alain Tanner. Il a 17 ans et assouvit son envie de connaître un pays dont les films néo-réalistes avaient éveillé en lui son intérêt pour le 7ème art. Nous sommes maintenant en 1995 et le cinéaste suisse revient avec sa caméra. Le documentaire dévoile une phase sociale et historique méconnue de l’Italie.

 


Extrait d'un article sur le film :

(...)

Une soixantaine de minutes, donc, pour un double geste mémoriel donnant la parole à ceux qui par leur métier, leur attache et leur détermination politique incarnent une réponse aux questionnements de Tanner sur l’identité. Fascination de l’homme seul face à la force du collectif. Fascination du vieux monsieur pour ce qu’il aurait voulu mais n’aurait pu être. Célébration mélancolique d’un monde chaviré, enfin : le bel canto autogestionnaire se joue alors en mode diminué et les bars à matafs de la Via Pré ont tout bonnement disparu. Entre histoire, mémoire et mythe, le documentaire de Tanner s’emploie à capter l’expérience enthousiaste des insoumis d’hier au travers de leurs paroles, de leurs objets et de leurs gestes.

(...)

 

Lien vers l'article :

http://www.article11.info/?Rase-dock-et-cherche-memoire

Dans un jardin je suis entré

 

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Dans un jardin je suis entré d'Avi Mograbi (2012, 97 min)

Dans un jardin je suis entré fantasme un « ancien » Moyen-Orient, dans lequel les communautés n’étaient pas séparées par des frontières ethniques et religieuses, un Moyen-Orient dans lequel même les frontières métaphoriques n’avaient pas leur place. Dans l’aventure commune d’Avi et Ali (l'ami palestinien du réalisateur), de ce voyage qu’ils entreprennent vers leurs histoires respectives dans une machine à remonter le temps née de leur amitié, le Moyen-Orient d’antan — celui dans lequel ils pourraient coexister sans efforts — refait surface avec une grande facilité.

Tout commence par le rêve d’une impossible rencontre entre  Avi Mograbi  et son grand-père, Imbrahim, devant leur maison de Damas, en 1920. Quelle langue parlaient-ils ? L’arabe d’Avi  est rudimentaire, et son grand-père n’a pas encore appris  l’hébreu. Dans ce rêve, le grand-père d’Avi l’informe que sa famille a décidé de quitter la Syrie pour la Palestine, Damas pour Tel-Aviv. Dans ce rêve, Avi décide de rester. « Vous partez pour la Palestine »,  dit-il à son grand-père, « je resterai et garderai la maison ».

Pour déplacer le rêve dans le réel, Avi se tourne vers son professeur d’arabe, Ali Al-Azhari, et lui propose une association : faire un film ensemble, d’un bout à l’autre, ajoute Ali.

Ali est un palestinien de Saffuriyya, un village près de Nazareth, c’est un réfugié dans sa propre patrie depuis  1948. Il a passé la majeure partie de sa vie d’adulte à Tel-Aviv, marié à une femme juive, avec laquelle  il a une fille, Yasmine.La façon dont  Ali a conduit sa vie privée est un défi politique lancé à l’un des fondements de la société israélienne, mais aussi palestinienne : celui de la séparation. Ensemble, Avi et Ali entament la préparation du film, et commencent à repérer des lieux significatifs de l’histoire perdue qu’ils partagent. Des lettres filmées en super 8 arrivent de Beyrouth. A peine trois heures  de route de Tel-Aviv, pour Ali et Avi, ce sont des années lumière ; un espace sans limite, dont ils ne peuvent que rêver. Les lettres racontent l’histoire d’amour et la séparation d’un homme et d'une femme - Libanais et juifs - déchirés lorsque les frontières du Moyen-Orient sont redessinées

 


Extrait d'un entretien avec Avi Mograbi :

(...)

AM : Quelqu’un m’a interrogé sur le fait que ce film, qui est comme un murmure, une manière de chuchoter plutôt que de crier, ne rencontre pas un grand succès en Israël. Je lui ai répondu : “Ce film est très doux, et ne se concentre apparemment que sur des relations humaines, mais en réalité, c’est mon oeuvre la plus radicale.” Pourquoi ? Parce que le film invente une réalité complètement différente. Les sionistes devraient considérer cela comme une proposition très dangereuse.

(...)

L'intégralité de l'entretien, réalisé par Romain Lefebvre, est à lire sur le site de la revue Débordements.

 

Lien vers l'article :

http://www.debordements.fr/spip.php?article206

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